L'enfant assis à son pupitre tout confort, rêvassait, s'interrogeait sur ses racines.

Il n'avait pas de souci pour son devenir ; Pour apprendre et questionner, un superbe appareil bourré de "puces" avait en mémoire la connaissance de l'écriture, des chiffres, de l’historique des planètes. Il lui suffisait de demander mentalement le pourquoi et la réponse s'affichait sur son écran en relief. Par jeu, l'enfant s'amusait à projeter son image dans le paysage, et il voyageait dans les pays de son choix.

Tour à tour, il se voyait arpenter l'Himalaya, des déserts ou plonger dans les zones d'élevage de poissons étranges mais comestibles.

Son imagination vagabondait sans limite. Il avait le cosmos à portée d'écran ; Il était maître de son savoir, de son imagination, de ses désirs, de ses jeux. Il lui suffisait de vivre, d'être là, d'exister, d'être un jour capable d'améliorer quelques machines destinées à la survie du groupe.

L'enfant ne riait jamais. Pourquoi ?

Il ne faisait pas de sport, son siège d'étude lui faisait faire électriquement et automatiquement des mouvements musculaires.

Tout aurait été artificiel pour nous, mais naturel pour lui, car la terre avait totalement changé et l'enfant n'y était pour rien. Ses ancêtres, enfin ceux qui avaient vécu avant lui sur le site, avaient contribué à sa destruction.

D'abord lente, puis de plus en plus rapide, leur folie, leur inconscience n'avait d'égale que leur boulimie du profit.

Au début, des peuples disparurent, des forêts entières furent ravagées, les déserts avancèrent, chassant toute vie, les oiseaux, les variétés de plantes ne furent plus que souvenirs.

Dans les années 1970 après J.C.- des voix, baptisées Ecologistes, tirèrent la sonnette d'alarme. La terre est en danger, l'homme la tue ! Voix prêchant dans le désert ! Le massacre continua. Tout ce que l'homme pouvait utiliser comme technologies pour jouir d'un profit immédiat furent mis en œuvre.

Déboisement, pollution des océans, de l'eau, des rivières, de l'air ; tout fut bon à l'homme, pour exercer ses talents d'Alchimiste.

Il se comporta comme un égoïste, parodiant et appliquant la triste devise d’un quinzième monarque: "après moi le déluge".

Et le déluge survint. Pas un déluge biblique celui-là. Mais l'homme qui avait dérangé l'équilibre des forces naturelles de la planète, reçut cadeau le coup de boomerang dût à son inconscience.

Des maladies sournoises aux virus incontrôlables sévirent. Un grand nombre d'hommes désespérés se supprimèrent. D'autres s'exterminèrent pour de vagues idéologies religieuses.

D'autres moururent de rire à la lecture d’un livre édité par un organisme dont le slogan était : Le bon sens près de chez vous, ouvrage qui faisait hypocritement à longueur de pages l'apologie des hommes de la terre. Ces hommes qui avaient travaillé avec passion et amour cette terre pendant des siècles, eux qui avaient tant peiné de soleil à soleil, pour donner à manger aux autres.

Mais manque de chance pour le sponsor, lui qui aimait tant les agriculteurs, il leur prêtait même des sous, c'est pour dire et même qu'il leur organisait leurs loisirs c’est dire. Manque de vision ou d’inconscience il n’avait pas vu que la réalité était toute autre.

Au nom du rendement, du profit immédiat, il fallût désherber, briser des halliers, abattre des pans de forêts, drainer des canaux, barrer des ruisseaux, forer la terre pour chercher de l’énergie, de l'eau à tout prix. On engraissait grassement cette terre pour qu'elle produise de plus en plus vite, de plus en plus gros, de plus en plus dense.

Et paradoxe, plus on savait produire en bande, en hauteur, en batterie, en couche, en sous-couche, en tunnel, moins les produits avaient de goût et plus d'hommes mourraient de faim !

Et tout ça, l'enfant l'avait appris. Des conteurs avaient mis en mémoire l'histoire de la Terre comme jadis les griots Africains, afin de conserver les racines d'où l'homme était issu.

Il était sous sa verrière climatisée. D'immenses vergers s'étendaient autour du "bâti-observatoire où ses parents s’occupaient. De sa chambre super confortable, il voyait dans le lointain la ville de Nîmes ou du moins ses tas de ruines, certaines millénaires.

Fait curieux, pas d'oiseaux, pas d’abeilles, plus de papillons dans le ciel : ils étaient tous morts.

Plus d'animaux, même sauvages : tous morts de faim, il n'y avait plus rien à manger.

Il ne restait en fait que deux zones. Une très polluée d’ où toute trace de vies avaient disparues et l'autre très protégée, climatisée où la vie était très filtrée et où des hommes survivaient, serviteurs, esclaves soumis d’Extraterrestres.

L’enfant s’interrogea. Pourquoi la base agricole artificielle qui approvisionnait la Zone Triple Zéro où il survivait avec sa famille s’appelait-elle LA GARDONNENQUE ?...

Mai 1990  St Chaptes. Martin J.C.

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